Votre panier est vide  Votre compte

Charlie Chaplin vs. MJ...

il a inspiré "Off The Wall"... mais encore ? Une autre référence artistique et archétypale récurrente dans les interprétations et projections jacksoniennes est celle du personnage de Charlot incarné par Charlie Chaplin. Elle est si importante (l’artiste parle même d’une « obsession » à l’égard de Chaplin) que Michael Jackson s’incarnera lui-même en Charlot pour une série de photos réalisée par Tony Prime en 1979 dans les rues de Stockwell dans le Sud de Londres, où Chaplin était né en 1889, ainsi qu’en 1995 pour l’album HIStory contenant la reprise de « Smile ». S’il a réalisé de nombreux portraits de l’acteur, le premier en 1967, à l’âge de 9 ans, Michael Jackson s’est également inspiré de son art de la pantomime pour la figure du lean qu’il reprendra dans le clip de « Smooth Criminal » en 1988 et a enregistré, de façon plus anecdotique, certes, la chanson « We Are The World » dans un ancien studio de Charlie Chaplin à Hollywood. Si la fascination qu’avait le chanteur pour Chaplin l’a conduit à ces réinvestissements, les parallèles entre les deux personnages sont nombreux : Chaplin - qui, comme Michael Jackson le fera plus tard, appelait ses admirateurs « the Army of Love » - fut considéré comme un génie précurseur, l’un des premiers à réaliser l’importance de l’image et du film pour éduquer en même temps que divertir sur fond d'une morale généralement vouée à la dignité humaine et à la justice. Michael Jackson a repris ce principe, cherchant à donner un impact aux images qui accompagnent ses chansons et à susciter auprès des spectateurs, comme il l'a lui-même expliqué, une envie d’action, de changement. « Man in the mirror, c’est le discours final du film le Dictateur repris selon le principe qui veut qu’une image vaut mille mots. » En effet, si, dans ce discours, Chaplin prophétise que les efforts conjoints de tous les petits vagabonds du monde viendront à bout de la mécanique destructrice implacable qu’ont rôdée les hommes machines qui dirigent et contrôlent la planète, le texte et les images proposées par Michael Jackson dans « Man In The Mirror » tendent à montrer que toutes les menaces pesant sur la planète et ses habitants pourraient être enrayées par les efforts unis d’individualités dressées ensemble d’une même voix, comme cette foule en liesse au pied de son icône.Charlie Chaplin - à qui Michael a dédié sa reprise de "Smile", faisant notamment intervenir un premier violon solo à la fin, convié spécialement parce que Chaplin était lui-même violoniste - était lui aussi fasciné par Peter Pan et avait demandé à Barrie, en 1921, à interpréter son rôle dans un film. Mais au-delà, du point de vue "rôle" et de la passion que Michael Jackson avait pour le cinéma, il est intéressant de le voir convier fréquemment dans ses propos sur la question Charlie Chaplin et son enfance.Michael Jackson, qui excellait dans l'art de dire, sans dire, ne manquait jamais d'expliquer, par exemple, que les rôles qu'il disait jouer au quotidien, même en privé, et qui commençaient chaque jour par ses choix vestimentaires dans sa garde-robe - déterminant son personnage pour la journée - n'étaient, pour lui, que des jeux et non une échappatoire face à une vie trop dure. Pourtant, il ne pouvait généralement s'empêcher de comparer ensuite son goût pour la performance à la vocation d'acteur de Charlie Chaplin, en soulignant justement l’enfance difficile de ce dernier − son père était alcoolique et sa mère internée...Dans un autre registre, même si le contexte technologique ne laissait alors pas d’autres issues, notons que c’est par le geste, la mise en scène et l’art du pantomime plutôt que par les mots que Charlot a transmis son message humaniste, ce que Michael Jackson n'a pas manqué de faire par son sens de la scénographie et du costume, ajoutant une intertextualité active et des ouvertures de sens à ses chansons, sans oublier, bien sûr, plus spécifiquement, ses emprunts chorégraphiques au monde du mime, et notamment le "backslide" qui deviendra son Moonwalk.Quant au visage de Charlot, son visage a d’ailleurs pu être considéré par le sémiologue Roland Barthes, au même titre que Garbo ou Hepburn (et j’ajouterais Michael Jackson), comme un masque, c’est-à-dire une surface esthétique sur laquelle la société a pu écrire ses propres préoccupations. Charlie Chaplin et, à travers lui, son personnage de Charlot, ne sont pas des figures anodines du premier cinéma. Charlot est associé à plusieurs figures archétypales. Celle du vagabond, sorte de personnification du changement humain, est répercutée à différents niveaux de l’image jacksonienne : identification avec les robots transformables puis personnages de dessins-animés et de films des Transformers, figure du cyborg (Moonwalker), mutation en monstre (Thriller, Ghosts) ou en animal (Black Or White), autant de processus dont la vocation consiste à se retrouver lui-même en dehors des autres, à chercher l'indépendance, l’autonomie, une vocation tout en craignant le conformisme. On retrouve là le parcours d’apparences dé-catégorisantes du chanteur, qui, en rassemblant une foule d’humains autour de lui, trouve une alternative à la solitude qu’il cherche à fuir, quittant également une situation oppressive (l’exclusion raciale ou le regard face à son altérité) et partir seul (par cette image multi-facette post-moderne qu’il se façonne) à la rencontre de l'inconnu. Si, pour le vagabond, la vie est une aventure dans le monde ou à l’intérieur de lui- même, Michael Jackson absorbe les conditions humaines dans sa corporalité en même temps qu’il exprime, par elle, sa propre identité inclassable. Et c’est bien en se tenant en dehors des normes conformistes que Charlot et MJ acquièrent leur identité. En effet, c’est par son non-conformisme, sa non-appartenance et son imagination décloisonnante que la part de vagabond qui habite Michael Jackson l’incite à explorer de nouvelles idées, à agir et assumer seul ses émotions et interprétations du monde. Le vagabond est souvent autodidacte et s’engage dans une voie d’indépendance, prêt à investir et sacrifier de l’argent pour maintenir celle-ci, ce que fera tout au long de sa carrière Michael Jackson, pour pouvoir réaliser ses productions avec des budgets élargis. Enfin, l’image de Charlot le vagabond, toujours poursuivi par les policiers, et alter-ego, à sa manière, des grands héros hors-la-loi du cinéma, est reprise par Michael Jackson dans ses moyens métrages comme Moonwalker, où il passe son temps à fuir tantôt les fans, les policiers, les dealers exterminateurs d’enfants, ou dans Ghosts ou le clip You Rock My World, où il échappe également à ses différents détracteurs.En tant que héros comique, Charlot piétine régulièrement les tabous de la vie sociale, jetant les cendres de sa cigarette dans le corsage d’une dame ou marchant sur sa robe. Son innocence d’enfant le pousse aussi bien à une bonté qu’à une malice toutes deux hors cadre et il ignore la censure. À l’image d’un « Smooth Criminal », Charlot est bon, parce qu’il obéit à tous ses bons sentiments ; mais il est aussi amoral. Charlot vole toujours sans scrupules. Il est même innocemment cruel. Le héros comique est également un innocent sexuel, généralement dépourvu des caractères psychologiques de la virilité (courage, décision, hardiesse à l’égard des femmes), bien qu’il soit très souvent amoureux. Mais, à l’image de ce qui a pu être tantôt reproché, tantôt admiré et sublimé chez Michael Jackson, cet amour est idéal et hypermoral, parce qu’il n’est pas fondé sur la domination et la possession sexuelles mais constitue généralement un don total de soi, inscrit dans le dévouement et même l’inconditionnel, à la manière de l’amour enfantin ou encore de la vocation religieuse.Mais Charlot se trouve souvent proche des innocents martyrs, des orphelins ou des vierges des mélodrames, son innocence le vouant (même sur le mode humoristique) au sort purificateur de souffre-douleur, voire au statut quasi sacré des victimes purificatrices et des boucs émissaires. Sujet d’une possession qui le dépasse, Charlot représente, en tant que héros comique, non pas le profane, mais le négatif du sacré, le profané. L’évolution du personnage démontre de manière quasi exemplaire que le bouc émissaire purificateur de la slapstick comedy porte en lui les germes d’un héros sacrifié, purificateur, du martyr rédempteur, voire même d’un dieu qui meurt et sauve. En se chargeant du mal pour purifier autrui, Charlot détient virtuellement un pouvoir mythique et sacré. Cette figure rejoint là encore l’idéaliste jacksonien d’« Earth Song » invoquant le ciel et la terre en chantant sur le mode incantatoire, en frappant fort du pied et en grattant la terre, ou, dans la vie réelle, le statut sacrificiel gagné par l’artiste en mourant d’épuisement et d’usure au pied de sa dernière scène.Du reste, si le tragique de Charlot est ridicule, son ridicule peut devenir tragique, et implique même un tragique permanent. On ne l’aime pas seulement parce qu’il fait rire. Il fait rire pour gagner l’amour, et, là encore, l’humour est un des traits de la personnalité privée et artistique de Michael Jackson.extrait (sous copyright) de mon propos universitaire

Vous devez être connecté pour poster un commentaire