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Ouvrage “Le secret d’une voix” du docteur Branchereau…

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J’ai écrit ce papier un jour d’avril 2011, après avoir lu en moins de deux heures le livre cité ci-dessus… Je ne crois pas l’avoir jamais publié. À l’époque, je n’écrivais que pour moi.

Je viens de le retrouver dans les nombreux dossiers de mon ordinateur et vous le livre, même s’il n’est plus vraiment d’actualité. Encore que…. Malheureusement, ce type de littérature reste bien plus facilement trouvable dans les rayons des librairies et dans les publicités des revues de salles d’attente que tout autre livre plus sérieux, factuel, narratif ou analytique.
Pardonnez le cynisme de ces lignes, donc…

Que reste-t-il, en termes d'intérêt, du livre de Monsieur Branchereau, lorsque l'on sait que son hypothèse est fausse ?

Un livre sur la voix, qui parle des castrats du 18e sans évoquer la voix de Michael Jackson (en dehors de 2 arguments tenant en 5 lignes), mais qui, par ce jeu d’ombres, de superpositions, semble vouloir l’intégrer dans la même catégorie.

Un livre qui élude complètement le maintien et la préservation de capacités techniques, mélodiques et rythmiques certes globalement innées, mais largement entretenues par un dur labeur vocal quasi-quotidien.

Un livre qui compare, sans entendre la moindre différence (!!!), la voix d'un enfant de 14 ans avec celle d'un homme de 21 ans.

Un livre fin et bien documenté, dit la critique ? Un livre, dont le seul vrai faux "secret" est l’impact commercial contenu dans ce mot, lequel, associé au nom de Michael Jackson, promet de nous révéler quelques croustillantes anecdotes, ainsi que dans le titre de « médecin », (entendez donc « scientifique ») de l’auteur… qui conclut cependant en p.140 qu'aucune preuve, ni certitude, ni même rumeur (joli travail « scientifique » que d'évoquer la rumeur!) ne vient étayer son propos initial.

Que reste-t-il ? Encore une association triste et vide de sens, entre « castration » et « Michael Jackson », association stérile, pour le coup, sauf en termes de séquelles dans l'esprit des gens qui ne s'y entendent pas en vocalité. 
Le livre d'un médecin, qui se reconnaît simple amateur d'Opéra Italien et non spécialiste de la voix ou de la musique, mais qui tient absolument à placer un argument médical pour justifier son livre, comme si le talent, ce que Michael considérait avec reconnaissance, respect et soin, comme un « don de Dieu » était affaire de médicaments et d'opérations chirurgicales.

Je reste « sans voix » en voyant le piège marketing se refermer aussi facilement. Atterrée...

Le docteur ne connaissait pas le rayonnement ni même la densité de la carrière de Michael Jackson avant sa mort. Il explique que c’est sa belle-fille qui l’a éclairé sur son aura et son impact culturel. Mais qu’en fait-il au juste ? Il choisit la voie de sa voix, puisqu'il se dit, et il l’est probablement, amateur d’opéra lyrique, de bel-canto et puisque le bel organe (mais lequel au fait?) intéresse le médecin qu’il est.

Bref. Ce livre, il faut bien le dire, contient peu d’éléments musicaux, mais beaucoup d’hypothèses basées sur les aspects physiques et les transformations de l’artiste, posant une sorte de bilan médical fondé sur les apparences, la couleur de sa peau, la chirurgie, les photos réalisées lors du procès ou les rapports d’autopsie révélant sa non-stérilité, quand ses sources ne sont pas de piètres blogs, lesquels auraient initié cette théorie de la castration… (sources sûres donc…)

Pour le docteur, des artistes comme Prince, Boy George ou Bowie ont, certes, été en leur temps aussi androgynes que Michael Jackson, mais, heureusement pour eux (ou pour qui d’ailleurs ?), ils se sont ensuite ravisés et « virilisés » bien plus que lui…

Fin analyste, sur la base d'observation de photos de magazines, le docteur nous apprend tout de même que la barbe ou la fine moustache figurant sur les clichés d’un Michael de 21 ans, ne sont en fait qu’une première barbe d’adolescent pubère qui ne s’était encore jamais rasé. Intéressant…

À part cela, j’ai souligné quelques (pardonnez la litote !) contradictions… Enfin, s’il n’y avait que cela…

1) Dans le domaine de l’apparence, l’auteur explique que les castrats avaient une allure imposante et subissaient une augmentation de la cage thoracique (ça tombe bien, Michael souffrait d’une hypotrophie thoracique), qu’ils étaient très grands (Michael mesurait entre 1m78 et 1m80 selon lui-même (lol) et selon les sources) et qu’ils n’avaient pas glotte (ça tombe bien encore, un médecin qui confond glotte et pomme d’Adam - la glotte étant un segment du larynx contenant les cordes vocales et la pomme d’Adam ce qu’il a pris pour la glotte, à savoir donc une proéminence laryngée dont l’avancée est proportionnelle à la longueur des cordes vocales donc à la tessiture de la voix - Michael étant ténor, sa pomme d’Adam n’est certes pas extrêmement avancée, mais sans conteste bien visible de profil !)

2) Aucun élément précis sur ledit traitement hormonal évoqué : ni certitude qu’il ait existé (Michael lui-même n’évoque qu’un changement alimentaire visant à traiter ses problèmes sévères d’acné) ni même l’évocation du fait que ses frères, comme Randy qui était aussi atteint d’acné, aient pris ou non un traitement identique ou différencié

3) Le livre repose sur la mise en opposition des aspects physiques changeants de Michael avec la permanence de sa voix, particulièrement entre 1972 et 1979, période à laquelle le médecin situerait la prise supposée de cyprotérone suivie de l’arrêt de cette même molécule. 
Ainsi, pour son oreille, la voix de Michael dans les albums de 1972 est la même que dans « Off The Wall » en termes de hauteur comme de timbre (!!!) De ce fait, cette voix « immuée » et immuablement haut placée, sa puissance égale, la largeur de son ambitus et cette absence de modification durant cette période adolescente vont dans le sens d’une prise de médicament…
Sûr que si je décide que Michael Jackson est blond aux yeux bleus en dépit de ce que tout le monde voit, je peux aisément en déduire que c'est un Suédois qui s'ignore.

Le reste n’est, encore davantage, que spéculation : 
4) le père et l’imprésario de Michael lui auraient fait prendre ce traitement dans le but de conserver sa voix si rentable, de la même manière que des parents d’enfants sportifs ont recours de façon abusive à la chirurgie sur leurs enfants pour améliorer leurs performances…Ce qui relève quand même d'accusations, pardonnez-moi l'expression, dangereuses et dégueulasses. On n'est pas loin du procès d'Outreau là...
5) Les mariages de Michael sont relégués, sans bémol, au rang de mariages de convenance (Sympa !)
6) Il compare la voix de Michael au falsetto des Bee Gees ou de Balavoine et dit que chez Michael, c’est différent : il ne s’agirait pas d’une voix de tête, mais d’une voix de poitrine poussée dans les aigus (n'y aurait-il pas confusion ?)… Aberrant de ne pas prendre en compte la spécificité « naturelle » d’une voix et de ne pas être capable d’entendre une voix de tête « timbrée » et travaillée, puisque c’est justement l’un des enjeux du travail de Michael avec Seth Riggs en termes de couleur, de relief, et particulièrement à l'égard de cette fameuse voix de tête
7) Ah… Il évoque rapidement Seth Riggs, si, quand même… Il le cite, mais ne s’attarde pas. Il ne semble pas connaître la nature de sa méthode, des exercices, du répertoire travaillé, ni la fréquence du travail fourni par Michael, et passe donc forcément complètement à côté de l’influence EXTREMEMENT FONDAMENTALE de ce travail sur sa voix. Bref, il passe à côté de tout. Du Graal. 
Ainsi donc, pour le docteur, visiblement, le travail vocal n’a aucunement la possibilité d’entretenir une voix ou de l’améliorer, de l’enrichir… Seuls la castration, les hormones et autres médicaments sont la clé. Normal, quand on est médecin…

Quand j'ai eu fini, j'ai appelé Seth Riggs, pour lui expliquer ce que je venais de lire. Il fallait que j'en parle à un intéressé... J'ai crû qu'il allait me faire une crise cardiaque au téléphone... Lui toujours si souriant, léger, sympathique... Le pauvre ! Je m'en suis voulue... Il a été scandalisé, outré, atterré d'entendre proférer de telles accusations. Seth a commencé à entraîner Michael en 1979. Jamais avant lui Michael n'avait pris de cours de chant. Mais il avait une oreille illimitée et précise et un talent inné de restitution vocale. Il était comme un absorbeur et un filtre. Il entendait, restituait avec exactitude les modèles et les passait au tamis de sa propre sensibilité extrême. C'était un gamin hyper doué. Qui ne prenait strictement aucun médicament (d'autant moins qu'il était Jéhovah) et qui avait tout bien à sa place... Quand il m'a parlé d'appeler ses avocats, de prévenir la famille, je lui ai dit de laisser tomber. Que je l'informerais si cela allait plus loin dans la médiatisation et la polémique.

Bref, l’intention du livre est claire : émettre une hypothèse sans la solutionner, sans l’appuyer. Bref une suite de suppositions sulfureuses et vendeuses, « bankable »….
D’ailleurs l’auteur le confirme p. 140 : « Nous ne disposons d’aucune preuve… aucune certitude… ni même aucune rumeur venant étayer cette thèse… » (thèse du traitement). Avant de continuer p. 147 en expliquant que si jamais ce traitement avait eu lieu, si jamais il avait été arrêté en 1979, il n’existe aucune connaissance sur les effets de cet arrêt de médicament sur la voix du chanteur… (p.147). Fallait vraiment lire jusque là ?
Bref… Rien
On aurait autant de matière scientifique à écrire un livre sur le fait que Michael Jackson ait été la réincarnation de Jésus ou un extra-terrestre de la nébuleuse d’Orion.

Le secret de la voix de Michael Jackson, tel qu'entrevu au crible des brumeux et sinueux méandres médicalisés du docteur, reste entier, et pour cause. 
Mais il sort surtout entaché par une hypothèse inutile et sulfureuse. Le travail, le talent, ne font plus rêver. Il faut que ce soit gore, mystérieux, tordu. Réservé à une élite de « monstres ». Histoire sans doute de prouver que les grands artistes ont forcément une tare, un vice. 
Dormons, braves gens, nous qui sommes « normaux »… Tout va bien.

En attendant, une fois de plus, j’ai rencontré nombre de gens qui en ont entendu parler, m’ont demandé si je l’avais lu, et ont eu, clairement, des doutes à l’esprit. Et les doutes, on sait ce que cela pèse. Et ça me fait terriblement mal au coeur.

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