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Les courbes de sa voix...

J’écoutais Off The Wall tout à l’heure pour préparer ma conférence. J’écoutais Off The Wall comme j’aurais pu écouter tout autre album. Car ce que je pensais, alors, pourrait finalement l’être de chacun des albums enregistrés par Michael.

Je n’écoutais pas Off The Wall, en fait. Mais je regardais avec mes oreilles, ou de l’intérieur, un artiste peindre des tableaux comme on chante des chansons. Je n’entendais pas une voix mais je voyais un crayon glisser sur une feuille blanche.

Un crayon vocal qui jouait avec l’espace. Qui ne dessinait pas qu’un texte, ne délivrait pas qu’un message, mais le coloriait de textures, de reliefs. Qui l’ornait de pleins et de déliés, de courbes et de traits. Un crayon, mené de main de maître, qui connaissait tout le potentiel de son graphite. Qui savait où appuyer, où caresser le papier pour créer des perspectives et des profondeurs dans la voix. Qui variait les nuances, changeant de couleur, de dimension, d’épaisseur de trait.

Avec sa belle plume, il reléguait au rang de rengaines les grandes mélodies d’autres chanteurs. Avec sa palette vocale, il transformait en clichés les paysages de Turner.

Je l’entendais courir sur la feuille du studio, s’approcher du grain du micro et jouer avec lui pour créer de nouvelles strates, plus pures, ou plus granuleuses, s’aventurer, solitaire, dans le silence d’un coin de papier, ou repasser sur d’autres lignes, comme pour les sublimer. Je le voyais ponctuer ses phrases d’une respiration, soulevant sa mine avec légèreté, puis retomber avec précision pour reprendre un autre vers jusqu’à la prochaine exclamation ou la courbe suspendue d’une interrogation.

Ce peintre chante comme on dessine, à moins que le chanteur ne dessine comme on compose. Il n’entend pas, il voit. Et ce qu’il voit se traduit en sons. Tandis qu’à l’autre bout, j’entends son paysage. Les courbes de sa voix semblent si souvent dessiner celles de son corps que l’œuvre et l’artiste se confondent. Il est le créateur, mais il est aussi sa création. Et celle-ci dépasse les carcans de nos sens trop humains.

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