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Faut-il enfermer Michael Jackson ?

D'une certaine étroitesse de perspective, parfois encore croisée au détour de mes chemins, vis-à-vis de Michael Jackson. Et de ma difficulté, reconnue humblement ici, comme un appel à l'aide, à comprendre qu’on puisse avoir une vision aussi étroite, restrictive, téléphonée, de Michael Jackson.

Certes, je comprends le processus. J’ai la double casquette d’universitaire et de fan. L’universitaire a dû étudier les processus d’identification et de projection qui relient les fans à leur artiste-phare, pour ne pas dire leur icône. Alors, dans ce cadre, ce n’est qu’une expression normale de points de vue et de personnalités qui pensent qu’on peut tout connaître et maîtriser d’un homme – qu’on le suive depuis 7 ou 40 ans, qu’on l’ait vu 1 fois en concert, 20 fois ou jamais, qu’on lui ait parlé devant un hôtel ou à Neverland, 2 minutes ou 1 semaine – un homme dont les vies, publique et privée, se confondent et brouillent savamment les pistes. C’est normal de vouloir posséder, de ne garder que ce qui nous correspond pour pouvoir superposer son image et la nôtre dans une fusion des matières qui n’a eu lieu qu’une fois et aura peut-être lieu une autre fois (au début et à la fin des temps).


Mais la fan, en moi, a quand même du mal. Sans doute parce que ma perception de Michael est in(-)finie. Les découvertes ne m’étonnent pas. Elles me donnent à réfléchir, me permettent de réajuster, en incluant les nouveaux paramètres, ou, souvent, m’extasient.

D’ailleurs, si j’avais voulu avoir une idée arrêtée du bonhomme, je n’aurais jamais fait d’études sur lui, mais je serai restée avec ma photo préférée, mon album préféré, ma chanson préférée.

Mais, au fait, il n’y a jamais eu une seule photo, ni un seul album, ni un seul titre préférés. Ma conception de Michael est, comme pour beaucoup, celle d’un être multi-facettes. Et s’il y a bien une personne de qui, depuis toute petite, j’aurais pu tout accepter comme nouveauté, originalité, exubérance ou folie, c’est lui.

On m’a demandé, il y a longtemps, si je n’avais pas peur, en étudiant son œuvre et ses aspects artistiques en profondeur, de perdre la magie. D’être blasée. D’en faire le tour. De me lasser ou de ne lire que des choses que tout le monde sait déjà. Eh bien non. Croyez-moi, j’en apprends tous les jours. J’en apprends sur lui, mais il m’en apprend beaucoup, aussi, sur le monde ; sur l’humain, la politique, la société, la philosophie, l’histoire, les arts, en plus de la musique et de la danse…

J’en apprends sur lui et sur son œuvre, toujours, parce qu’il l’a pensée comme cela. C’est un conscientiseur, un guide. Il est le chemin plus que la destination. Quelqu’un qui veut rendre son prochain adulte, autonome. Il ne donne pas la becquée. Il exige que l’on travaille, que l’on ouvre notre esprit, que l’on intègre, puis que l’on transmette. Jamais il n’aurait tenu un journal pour donner la définition de chaque chose, de chaque geste, de chacun de ses emprunts, de chacune de ses créations. Il a ouvert un livre, a fabriqué des pages, mais ne les a pas toutes remplies. Il nous a tendu le stylo, à notre tour, et nous a demandé de réfléchir, de lire les lignes, mais aussi entre les lignes. De comprendre. Car quand on comprend et trouve, on retient mieux.

Quelle idée peut-on se faire, sinon, d'une oeuvre qu'il a voulu créer pour qu'elle vive éternellement ? En imaginant qu'il en aurait déjà donné toutes les clés ? Et répondu à toutes les questions, même celles que personne ne s'est posées à temps ? Combien de fois a-t-il expliqué cela ? Porter des œillères est une chose, mais être sourd, en plus.... – de cette surdité populaire qui fait qu’on n’entend que ce qu’on veut bien entendre….


Une œuvre est vivante, tout le monde le sait. Elle émane d’un homme et est le fruit de son interaction avec son monde. Mais aussi le fruit de l’interaction de cet ensemble créé, avec celui qui le reçoit. Michael est un co-créateur, nous avons façonné son œuvre avec lui et nous continuerons de défricher les plans et les pistes qu’il a laissés. Nous la décryptons et la décrypterons parce qu’elle a été pensée pour cela. Dans les textes spirituels, on appelle cela la Révélation. Il y a les écrits, figés, et il y a ce qu’on en tire, ce qu’on en vit, même des siècles après.

Pour faire le tour de Michael Jackson et de son impact historique, il faudra des décennies. Des siècles. (Si tour il y a.) Pour bien re-contextualiser, mesurer, prendre la distance. Penser que, 2 ans ou 7 ans après, comprendre ou découvrir des trésors, des signes, des confirmations et des messages dans son œuvre est abusif, c’est vraiment ne pas percevoir la démesure de ce génie – un génie qui ne nous appartient pas et ne nous appartiendra jamais, mais qui appartient déjà à l’Histoire.

Cela peut être un point de vue. Je devrais l'accepter et tourner les talons, même si cela me rend triste. Mais... si l'on est heureux avec cette conception, après tout...


Mais bon.... Mon image de Michael, qui peut, ou pas être partagée, est celle d'un Michael Jackson trop grand pour rentrer dans une valise. Pour moi, les valises, lui, il s'asseoit dessus.

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