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De ces soirs où l'on se sent orphelin....

De ces soirs où l’on se sent orphelin, où il ne flotte plus que des parfums dans la pièce, des voix, des échos, des objets laissés d’une fête finie trop vite et qu’on n’a pas vue passer. Ce soir, je suis orpheline deux fois de ma musique, de ma jeunesse, de mes repères… Je n’ai pas connu Haendel et Bach, je n’ai pas connu Mozart et Beethoven, je n’ai pas connu les Rolling Stones et les Beatles, mais j’aurai connu Michael Jackson et Prince.
Ce soir, je t’écoute chanter, toi, petit bonhomme, je t’écoute jouer, grand musicien. Tu étais une autre preuve de l’alliage des contraires, de ce qu’on m’avait enseigné comme contraires. Et puis, tu le sais, je te guettais lorsque j’étais ado, avec ma copine, pour t’entendre et te voir délirer vocalement et physiquement, comme on brave les interdits, comme on frôle des yeux le fruit dangereux.
Moi qui étais du clan des sages et des trop gentils, dont la première phrase à ton égard, a été « Mais c’est qui ce type qui ressemble tant à Michael Jackson ? » à l’époque de Purple, toi que mon frère était allé voir sans moi au cinéma tandis que j’écoutais encore Thriller. Je t’aurais sans doute élu si mon cœur monogame n’avait déjà été ravi par le Gloved One.
Toi et tes Kiss déjantés, ta Little Red Corvette, tes Cream du bout des doigts et le cœur explosé de ta guitare Pourpre, toi et tes ad lib avec col en froufrou, je voulais te dire mon respect de toujours. J’ai aimé ta mégalomanie effrénée et tes scènes d’hystérie dans le même hôtel niçois que le sien, car, pour moi, tu étais plus délirant que tous les délires et tu pouvais te le permettre, ce qui est l’apanage de peu, en ce monde. J’ai aimé la folie inconsidérée de ta musique, l’insolence de ton talent, l’irrespect que tu avais pour le système, le respect que tu lui vouais, à lui, l’émulation qui vous portait et cette bravade virile et machiste entre vous. Vous aviez en commun la classe et la grâce. Et ça, ça ne s'apprend pas, ça ne se gagne pas, on est livré avec ou pas...
J’ai mangé sous tes boots à talon dans un resto d’Hollywood Boulevard en sortant du cimetière où j’étais venu voir ton faux vrai frère. Je l'ai pris pour un clin d'oeil cynique, insolent, mais tellement à propos.... Je t’ai croisé partout où c’est lui que j’aurais voulu voir et j’ai cru, comme toujours, avoir le temps. Mais le temps n’existe pas. Ni pour lui, ni pour toi, ni pour moi ou pour personne. Il n’y a que des rencontres virtuelles, magnétiques, télépathiques. Pour moi, comme pour lui, à chaque fois que je t’ai vu, écouté, à chaque ligne que j’ai écrite sur toi toute cette dernière année passée dans mes travaux, à toutes ces questions que je me suis posées à ton sujet, et encore plus ces derniers mois où tu me talonnais dans chaque chapitre, se tissait un nœud dans la toile. Je me suis souvent demandé ce que tu faisais à la minute où je me posais une de ces questions sur ta musique, et ce que ce serait de te rencontrer, toi qui étais resté, toi, l’autre génie. Aujourd’hui, ce soir encore plus, chacun de ces nœuds se sont resserrés jusqu’à l’atome, cristallisés dans mon ADN, et demeureront indénouables. Je les ai ornés de diamants et de perles…
Maintenant que le Ying et le Yang sont partis, ce soir, je me sens orpheline de vous deux. Comme un funambule qui devrait trouver un équilibre sans ses deux bras. Vous étiez, lui, le Ganté, toi, le Pourpre, au plus loin du génie, les deux pôles les plus éloignés de ma sphère de musique et d’extravagance. L’irréalisable et l’inimaginable. Et comme les extrêmes se rencontrent toujours et que vous avez dû glisser à présent à l’infini de je ne sais quel méridien, je vais essayer de continuer mon chemin sur une ligne parallèle, pour ne m’éloigner d’aucun.
L’un était doux, l’autre était dingue, à moins que ce ne soit l’inverse, et vous étiez chacun l’autre de l’un, et tellement plus encore, et tellement autre chose. Merci à ce monde de m’avoir mise là, quelque part en même temps, au milieu des ondes magnétiques, radiophoniques et célestes, et merci à vous de m’avoir accompagnée un long bout de chemin. Sans vous, ma musique, mes mots, mon monde, auraient été étriqués et passéistes. J'ai tellement mal au coeur ce soir.... Mais....Je vous dois l’espoir, la vie, la folie.

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