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Michael Jackson ne fait pas de politique... Michael Jackson EST politique !

Michael Jackson ne fait pas de politique. Michael Jackson EST politique.

Michael Jackson ne fait pas de discours sur son œuvre. Il FAIT. Il EST son œuvre… là où d’autres parleraient, se raconteraient, se décriraient, expliqueraient, démystifieraient pour s’auto-justifier ou simplement brasser de l’air se vêtir des vertus que le monde leur refuse pour X raisons.

J’aime quand Michael Jackson parle de sa vision de l’art. J’aime quand il explique, sans le faire, comme toujours, dans la subtilité qui est la sienne et par le double-langage / « signifying » afro-américain qui est celui de ses frères…

Dans ce propos, que tout le monde connaît plus sous une variante plus généraliste (à moins bien sûr, qu’il ne s’agisse d’interprétations extrapolantes du traducteur), Michael Jackson parle de sa musique. Ah non ? Eh bien si… 

« J’aime dessiner – au crayon, au stylo, – j’aime l’art. Lorsque lors de nos tournées je visite des musées en Hollande, en Allemagne ou en Angleterre, je suis positivement abasourdi – difficile de croire qu’un peintre puisse produire des œuvres pareilles. Je peux regarder une sculpture ou un tableau et m’y perdre complètement ; je reste là, debout, les yeux écarquillés, me sentant devenir une partie de la scène représentée. Parfois les larmes me viennent ; oui, il est possible d’être troublé à ce point. Voyez-vous, je pense que c’est là où l’interprète devrait se trouver, afin d’atteindre à la vérité intérieure d’un être ; de lui-même. Oui : toucher à cette réalité de si près qu’elle devienne partie de ce que vous vivez dans ce moment, et vous pouvez l’emporter partout où vous allez. Vous êtes heureux, elle est heureuse. Quel que soit le type d’émotion, elle est là avec vous.
J’aime le réalisme ; je déteste les matières plastiques de toute sorte. Au fond de nous-mêmes nous sommes tous semblables ; nous éprouvons les mêmes émotions. »

Bien sûr, je prends à bras-le-corps ses termes à l’égard des arts visuels et de sa perception….
Mais ce que j’y lis et y comprends aussi, c’est cette définition qu’il donne de l’art populaire. Non, de l’art populaire passé à son tamis à lui… Son art populaire. King of Pop… petite définition…

Regardez les définitions McDrive servies généralement à l’égard de la Pop Music et qui, en gros, la décrivent comme musique populaire (dans le sens de production massive internationalement médiatisée) fondée sur les effets faciles et la réussite commerciale… 

De quoi parle Michael ? De son aversion pour le plastique… Comprenez, son goût pour les matériaux nobles, « authentiques », naturels…. Au bois des forêts dans lesquelles il se démène en vidéo, répond en studio la confection d’espaces sonores les plus naturels possibles, dépourvus d’artificialité, une voix enregistrée sans compression ni filtre, faisant place à sa corporalité, à son être, tel qu’il est… Pas de voix synthétique, pas de voix en plastique et de Ken et Barbie chantants…

Il parle d’émotion… L’émotion… La véracité… Le cœur de l’être… Ce qui nous connecte les uns aux autres… La constante, le partage, l’écho des sentiments. Ne pas feindre, mais ressentir, être, donner, pour que l’autre sente, soit touché par les ondes, le magnétisme, l’énergie… Michael pleurait, Michael souriait, Michael éclatait de rire derrière son micro, sur scène ou en studio… Il communiquait. Non, mieux que communiquer, sa musique, sa voix, lui, tout COMMUNIE avec nous, avec le monde. Foi de quantiste. « Je ne veux pas voir des acteurs, disait-il, je veux voir des croyants ». Tout est foi… Foi en soi, foi en Dieu, foi en la bonté de l’autre, même si… Pourquoi l’émotion, le partage ? Il y met l’accent… pour communiquer la joie, la certitude d’être compris, de n’être pas seul, où que l’on soit, avec l’autre, avec l’œuvre, avec la voix et la musique de l’autre, au-delà du temps humain et de l’espace géographique, dans la seule dimension qui compte et qui traverse toutes les autres : celle de l’amour, de l’esprit, de la foi.

Dans une musique pop généralement entendue comme un monde factice, un monde de pacotilles où l’artiste sert ce que le public veut entendre, oubien ce que le producteur pense que le public veut entendre…entendre ? non, acheter, excusez le détour… Mais ce n’est pas mal d’acheter, quand il y a du respect dans la confection du produit et le traitement de son acquéreur… Dans une musique pop où le micro et les outils numériques corrigent, recréent, arrangent, fabriquent des mondes parfaits imaginaires et éphémères, des mondes interchangeables où l’âme est ravalée au rang de cliché, où les sons qu’on entend n’ont aucune réalité naturelle, où l’artiste est le serviteur effarouché et pressé d’une clause en minuscules au bas de son contrat [*rentabilité].

Se perdre, écarquiller les yeux, s’abasourdir… Il faut pouvoir s’arrêter devant le tableau, suspendre le temps dans un instant d’éternité et de présence transtemporelle. Il faut pouvoir déguster, décortiquer, s’arrêter, rester là, debout, comme il dit, et se nourrir de ce que l’on voit et entend… Et ce ne sont pas les effets faciles de la pop music standardisée qui donnent cela, conçue comme elle est pour satisfaire le caractère versatile de la jeunesse, pour passer vite d’un artiste ou d’un titre à un autre, zapper, vite, vite, pour ne pas se laisser gagner par la lassitude, ne pas voir qu’il n’y a trop souvent rien à approfondir, rien pour enrichir, nourrir… Monde musical artificiel… LSD musical… business musical…

En Hollande, en Allemagne ou en Angleterre, un tableau se lit de la même manière, avec le cœur et le ressenti de l’humain qui le scrute. La musique s’écoute et se ressent de la même manière. L’éclectisme de celle de Michael, encore davantage… L’art ne parle pas les clivages de la langue. Il parle le langage de la sensibilité et de la culture, quelle qu’elle soit, quel que soit leur degré d’approfondissement.
Dessiner au crayon ou au stylo, peu importe le medium. Ou non. Il faut pouvoir jouer des deux. Il faut pouvoir changer de support et de vecteur pour proposer la diversité, la pluralité. Il faut être nourri aussi. Il ne faut pas être exclusif, mais curieux. Il faut aimer essayer, expérimenter, comme Michael en studio. Savoir dessiner avec un orchestre ou un beatboxing, avec une voix de crooner ou celle d’un rappeur. Il faut être riche, pour pouvoir donner. Et pauvre, pour accepter de recevoir.

Michael était pauvre, en demande, de l’amour des autres, il était pauvre, en demande, en supplication, du besoin de l’autre. Telle la parabole, il n’affichait pas cette pauvreté, ces manques visceraux, sur son visage, ne la placardait pas sur des affiches. Il écoutait, questionnait, acceptait l’autre pour découvrir son univers. Il était avide de connaissance, gourmand d’expérience. Il était riche, de la vraie richesse. Celle qui reste quand on part, comme on est venu, sans carnet de chèque, dans l’autre monde.
Cette richesse, il l’a léguée, au sein d’une culture qu’il a définitivement tirée hors des clichés de facilité, voire de vulgarité, que la fausse noblesse toute en apparat lui trouve avec dédain vu de sa hauteur, pour la tirer vers une bourgeoisie, un juste milieu qui serait son monde idéal, celui où le pauvre comme le riche peut trouver à se nourrir, à se sentir compris, à se sentir moins seul, à se sentir le droit et l’anoblissement d’écouter une musique qui lui est destinée autant qu’au riche, pourvue d’attributs réservés jusque-là aux hautes sphères, et qui ne néglige pas sa qualité.

Pour finir sur un élément plus concret, oui, il a aussi gagné beaucoup d'argent. Même si c'est beaucoup moins que tous les encravatés (ou pas) qu'il a nourris autour de lui. Il a surtout énormément investi de son argent personnel pour avoir la liberté de donner la vie à ses idées, pour ne pas voler son public, pour faire du bien autour de lui, pas forcément avec des caméras autour pour engendrer des retombées financières. 
Ce respect, il l'a eu pour lui-même, pour les autres et pour nous... Il n'en a pas parlé. Il a juste fait.

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Commentaires (1)

Marielaure
  • 1. Marielaure | 16/05/2016
En lisant ce billet d'humeur, je me prends à rêver qu'une deuxième Isabelle se penche avec autant de compétence, de talent et de foi sur cet autre don de Michael, le dessin. ....... Michael ne cachait rien, sa sincérité éclatait dans tout ce qu'il entreprenait et personne, même dans les médias les plus infâmes, n'a jamais pu lui reprocher d'agir pour l'argent. Seul, son amour de l'art le faisait avancer, et seules ses émotions le guidaient. Dans son besoin de dessiner, ces émotions sont révélatrices, comme dans sa musique. Je trouve très émouvant de voir à quel point il avait besoin de s'exprimer, entre autres, sur ses manques affectifs et ses carences d'enfance. C'est un thème récurrent chez lui, et qui me touche particulièrement. De ses douleurs d'enfant, il a gardé une intensité intérieure exacerbée et l'a mise au service de son art, bien que cette hypersensibilité lui ait compliqué la vie. Pour naviguer comme il l'a fait entre des d'extrêmes, sans s'y perdre, il lui fallait non seulement une foi sans faille, mais aussi une sagesse acquise très tôt....ou innée ?
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