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La pierre angulaire

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"Montrez-moi la pierre rejetée par les bâtisseurs. C'est elle la pierre angulaire."
St Thomas

Non, ce n’est pas le sermon de ce dimanche. Mais cette phrase de Saint-Thomas, souvent mal interprétée, m’a sauté aux yeux plus que les autres jours en cette fin de chaude journée. Souvent déjà, elle m’a ramenée à lui.

Quelle plus belle illustration de cette pierre-rejetée-angulaire que lui ?

Une pierre hors norme, qui n’entre pas bien dans les tiroirs, qui ne répond pas aux critères, qui oblige à cocher toutes les cases, à moins que cela ne soit aucune, des caractéristiques d’une quelconque espèce et finalement, n’être classée dans aucune catégorie. Nulle part...

Par combien de bâtisseurs a-t-il été rejeté avant que sa détermination n’en sorte victorieuse ?
Quel splendide édifice artistique et humaniste n’a-t-il pas ensuite contribué à élever et à soutenir ?

Non, il n’est pas fou lorsqu’il dit : « Aujourd’hui encore je rêve que je vole. Nous pouvons voler, vous savez. Simplement, nous ne savons pas appeler les pensées qui nous permettent de léviter au-dessus du sol ».
Les concepts les plus modernes (avion, fusée, téléphone) n’ont-ils pas germé d’abord sous forme d’idées, n'ont-ils pas nourri et mûri dans des esprits suffisamment ouverts pour ne pas reléguer au rang de folie ces exubérances abstraites ?

Le pouvoir de l’esprit. La force de la croyance…

Il me rappelle ce vieil Indien (peut-être l’un de ses ancêtres) qui expliquait que si l’on ne trouvait aucun vestige de technologies de communication dans les civilisations anciennes, c’était tout simplement parce qu’ils n’en avaient probablement pas eu besoin… Ils avaient sans doute des facultés que nous avons perdues et que nous avons remplacées par tous ces accessoires coûteux et polluants… qui sait… la télépathie, l’instinct, entre autres… Il nous en reste quelques miettes, parfois… juste avant que l’esprit cartésien ne les remette à leur place. .. au rebus.

La production hors-norme de Michael est née de ce type d’esprit. Un esprit pour qui rien n’était impossible. Rien. Un esprit capable non seulement de rêver, mais de faire des pas dans la direction de ses rêves… De réaliser certains d’entre eux complètement, d’initier la réalisation des autres… Dans tous les cas, de montrer la voie. Pas seulement l’objectif ou la direction, mais le chemin, la route, les moyens pour y arriver.

Il avait le secret de ces cercles vertueux. Il savait comment ne pas introduire de cailloux dans les rouages, comment ne pas se saborder. Et si compromis il devait y avoir, il savait par avance quelle autre direction il prendrait pour arriver quand même.

Michael, la pierre hors norme pourrait bien être, comparaison plus terre à terre, comme ces fruits plus que bio et naturels, bons, purs, mais jetés hors de l’étale car ne correspondant pas aux canons de la distribution, aux normes de la société.

Tout le monde a ses grands principes là-dessus. De grandes théories sur la question. Mais face à l’étale du maraîcher, notre main ne se porte-t-elle pas plus spontanément vers le fruit le plus rond, le plus brillant, le plus coloré, plutôt que vers son voisin décatégorisé et pourtant sans pesticide ?
La pierre hors norme est facile à défendre, tant qu’elle reste conceptuelle. Il est plus facile d’accepter la différence, quand elle ne touche pas, quand elle s’épanche en discours, mais n’est pas à vivre. Parce que quand elle se présente… Combien d’entre nous n’envoient-ils pas des aides sur d’autres continents en trébuchant chaque matin sur le SDF qui dort en bas de l’immeuble ? Il devrait aller bosser, il n’aurait pas dû quitter sa femme… combien de prétextes responsables lui trouvons-nous pourvu que nous ne nous projetions pas dans sa situation, que nous puissions rejeter l’idée que nous pourrions bien finir comme lui ? Détourner le regard…

Michael Jackson, conceptualisé, est sans doute facile à défendre. À l’épreuve du quotidien, en chair et en os, ses idéaux ne devaient pas être simples à vivre, d’autant qu’ils étaient haut placés et passaient avant tout le reste. Ceci explique cela…

Mais si Michael Jackson, la pierre angulaire, a passé les murs, un à un, s’il les a montés et soutenus, il le doit plus à lui-même qu’à n’importe qui de son entourage.
Il le doit à la foi qu’il avait en lui-même. En cette mission dont il s’était senti investi et qu’il voulait honorer, avec conscience et respect pour ces talents qu’il n’avait pas demandés mais qui lui avaient été, pourtant, si formidablement confiés.

Si Michael Jackson avait pensé comme tout le monde, il n’aurait pas été Michael Jackson. Il serait probablement vivant, un peu has been, jury d’un quelconque X-Factor, à fleurer bon la nostalgie et à surfer dessus en vendant une Nième compil’ de ses meilleurs tubes, en faisant un duo au rabais avec Justin Bieber ou Nicki Minaj, ou encore en sponsorisant une équipe de jeunes en mal de célébrité reprenant plus ou moins bien ses chansons, mais lui offrant, en échange, un petit coup de frais même mal coiffé et une petite visibilité, gage d’une retraite un peu moins misérable.

Si Michael Jackson avait pensé comme tout le monde, il aurait remballé ses gaules plus d’une fois en disant, comme nous le faisons chaque jour… « C’est pas la peine… ça sert à rien… ça marchera jamais… c’est impossible… » ou encore « Il faut…. Je dois… » pour se forcer à rentrer dans les standards, à ressembler à toutes les autres pierres, être bien alignées avec elles, au milieu d’elles, une parmi des milliers d’autres… et ne pas trop déranger son monde…. ne jamais passer Off The Wall.

« Yes I believe in me, so you, believe in you! » (MJ, WBSS)

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