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Black or White... quand Michael se joue du piano...

Il est un élément que beaucoup ignorent à propos de Black Or White…

Que cette chanson mette en scène la fraternité interraciale, c’est bien vrai. Tarte à la crème. La manière dont, bien avant les paroles, le mélange de rock et de rap sur fond de R&B et de country, parle de cela, est un peu moins tarte à la crème, surtout dans le détail musical, mais bon… la majorité sait le dire.

Mais il est une autre chose que je trouve très révélatrice et qui va chercher derrière le rideau du prêt-à-comprendre et à-voir. À l’instar des multiples degrés de compréhension et de codification dont Michael a paré son œuvre, laissant du grain à moudre et des petits cailloux pour continuer de vivre à travers les réflexions des générations à venir, Black Or White va insuffler jusqu’à l’atome, même, son message.

Michael était tout à fait conscient que les blocs de construction musicale peuvent servir à représenter, puissamment, des concepts extra-musicaux, en l’occurrence, liés ici à la race.

Black or White est en mi Majeur, une gamme (pour les non musiciens), qui va de mi à mi en passant par 4 notes diésées : mi-fa#-sol#-la-si-do#-ré#-mi.

Il faut savoir que sur un piano, les notes # citées ci-dessus correspondent à des touches noires et les autres notes (dites naturelles) correspondent à des touches blanches.

Si l’on y regarde bien, déjà, cette gamme comprend autant de touches blanches que de touches noires.... Amusant...

Ce qui est encore plus intéressant, dans le détail, c’est qu’à chaque fois qu’est prononcé le mot « noir / black », Michael chante une note qui correspond systématiquement à une touche noire du piano (fa #), tandis que lorsqu’il prononce le mot « blanc / white », la note chantée correspond toujours à une touche blanche (mi naturel).

D’ailleurs, dès l’introduction, on a un avant-goût de cette alternance et de cette égalité coloristes, puisque la guitare saute du sol # (touche noire) au mi (touche blanche).

Dans le pont, qui parle des cagoules (« sheets ») du KKK et qui est illustré, dans la vidéo, par les flammes, la tonalité change pour un mode de mi eolien (pour faire court et simple, plus de fa# dans ce passage, note utilisée partout ailleurs dans la chanson pour le mot « noir / black »). Un changement qui modifie le climat et rappelle les modulations employées dans les parties centrales des pièces de musique dite "classique", souvent pour créer une inquiétude, une tension, apaisée par le retour de la tonalité initiale ensuite.

Quant au rap, il supprime toute question de touches noires et blanches puisqu’il n’est pas mélodique (le rap ne se chante pas mais se scande rythmiquement), ce qui constitue, finalement, un geste de transcendance à l’égard de toute couleur, en accord avec son message : « ce n’est pas une question de race […] je ne vais pas passer ma vie à n’être qu’une couleur / it’s not about races […] I’m not gonna spend my life being a colour ».

Vous pensez que c’est un hasard ? Vous vous dîtes que ce sont des coïncidences ?

Je ne pense pas. C’est à la fois hyper pertinent et hyper humoristique. Cela lui ressemble. Michael n’était, certes pas, un as du solfège ni du piano. Mais Bill Bottrell est musicien et lit les notes. Le choix de cette tonalité et de ces jeux de clavier fait partie de ces sens cachés au 5e degré, à la Dürer, à la Bosch ou à la Bruegel. Et ça, Michael en raffolait. Je l’entends d’ici siffler doucement de rire devant ce jeu de piste pianistique, qu'il émane de lui ou qu'il lui ait été suggéré...

Car il y a un précédent. Il ne pouvait pas l’ignorer… En effet, le duo réalisé par Paul McCartney et Stevie Wonder, « Ebony And Ivory », est du même acabit : une chanson qui utilise l’image et la métaphore du piano et de l’harmonie raciale, également en mi Majeur, en jouant avec les touches noires pour le mot « ébène / ebony » (sol #, fa #, sol #) et blanches pour le mot « ivoire /ivory » (la, si, mi).

Vous me croyez maintenant ? Michael était féru de ce genre de codes, et si beaucoup les entrevoient dans ses productions visuelles, beaucoup moins, forcément, s’attachent aux analyses musicales et, du coup, sous-estiment la puissance de sens qu'il mettait, aussi, dans sa musique.

Il ne faut pas s’inquiéter de savoir si Michael était compétent pour jouer tel ou tel instrument, pour lire telle ou telle partition. C’est confondre les compétences requises d’un musicien/interprète de conservatoire de celles d’un musicien/COMPOSITEUR/interprète de musique pop. Non pas que les connaissances musicales soient à exclure des studios. Mais ce ne sont pas les diplômes d’instruments ou de solfège qui déterminent le génie créatif de quelqu’un. Le génie vient d’ailleurs. Même les grands compositeurs contemporains (Boulez, Stockhausen, Penderecki) vous le diront. Ce don, car c'est un don et non une compétence, n’a strictement rien à voir avec la maîtrise d’un instrument ou des règles de l’harmonie et de l’orchestration.

D'ailleurs, combien de fois Michael a "entendu" et dicté à ses musiciens des harmonies dont certains, qui avaient fait Berkeley ou d'autres études, se disaient que c'était contraire aux règles et que ça allait sonner faux ! Et... ils étaient sciés... à l'instar de Debussy, à qui on reprochait de ne pas respecter les règles de composition, à l'instar des cathédrales qui défient les règles d'architecture, la musique que capte Michael se caractérise souvent par l'échaffaudement de sculptures musicales qui défient les règles, le bon sens, les conventions, mais sont Justes et Originales.

Cette petite histoire montre, à la fois, que Michael n’avait pas besoin de tout cet attirail théorique, et que pourtant, il en savait et en comprenait suffisamment pour être génial et transmettre son génie, le distiller à tous les niveaux… Qui sait ce qu’on découvrira encore demain… dans ce qu’on croyait, pourtant, connaître, sur le bout des doigts…

Mjpiano

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